Aujourd’hui les drones sont plus présents que jamais sur de nombreux marchés, aussi bien civils que militaires. On a tendance à penser qu’il s’agit d’une invention de ces dernières décennies… à tort puisque les premiers drones sont apparus il y a plus de 100 ans !

Mais avant toute chose, il est important de répondre à la question : qu’est-ce qu’un drone ?

Pour le Larousse, le drone est un « Petit avion télécommandé utilisé pour des tâches diverses (missions de reconnaissance tactique à haute altitude, surveillance du champ de bataille […]). Les drones sont aussi utilisés dans le secteur civil pour des missions de surveillance […], des prises de vue et divers loisirs. »

Le nerf de la guerre

L’histoire de ces aéronefs particuliers commence dans un contexte militaire, celui de la Première Guerre mondiale. Les guerres ont toujours créé des périodes d’émulation scientifique qui ont permis des avancées fulgurantes.
L’intérêt de créer un avion télécommandé, est d’abord, à l’époque, une question de ressources. Si les avions sont relativement faciles et rapides à produire, disposer de pilotes, en revanche, demande un investissement pécuniaire et de temps, important. Or, en période de conflit, le temps est précieux. C’est ainsi que commence à germer l’idée d’un appareil volant… sans pilote à son bord !

Les premiers essais américains

https://www.nationalmuseum.af.mil/Visit/Museum-Exhibits/Fact-Sheets/Display/Article/198095/kettering-aerial-torpedo-bug/

Un Kettering Bug sur sa rampe de lancement, image d'archive du National Museum of the USAF

On assiste alors à des recherches et des essais qui permettront notamment aux américains de transformer le Curtiss N-9 en torpille aérienne télécommandée, projet aujourd’hui plus connu sous le nom de Hewitt-Sperry automatic plan. Il resta néanmoins au stade de prototype, mais ce ne fût pas le seul essai d’aéronef sans pilote à bord.
A peu près à la même période – toujours aux États-Unis – commença le développement expérimental du Kettering Bug, un biplan télécommandé et gyrostabilisé, offrant une autonomie de 64 kilomètres et capable de transporter jusqu’à 80 kg d’explosifs. C’est l’ancêtre de nos actuels missiles de croisière. Toutefois les officiers refusent à l’époque de l’utiliser, estimant que la probabilité de toucher les troupes alliées est trop forte.
Il faudra alors attendre le début des années 1960 avec la guerre du Viêt-Nam, puis les années 1970 et la guerre du Kippour pour que les drones intègrent à part entière les stratégies et tactiques militaires.

La France sur le pied de guerre

De son côté la France aussi développe un fort intérêt pour ces machines volantes pilotées à distance.
Georges Clémenceau, à l’époque président de la Commission Sénatoriale de l’Armée, lance un projet « d’avion sans pilote ». Le Capitaine Max Boucher, lui-même pilote et commandant de l’escadrille BL18, met alors au point un système de pilotage automatique qu’il installera sur un Voisin BN3. Il réussira à piloter le biplan à distance le 2 juillet 1917 sur 1 kilomètre. En septembre 1918, les militaires feront voler le même modèle en circuit fermé sur 100 kilomètres de distance à Etampes (91). Même si Max Boucher réussit à améliorer son système avec l’aide de l’ingénieur Maurice Percheron, l’armée ne se saisira pas du projet… faute de financement.

http://www.corpusetampois.com/che-20-maxboucher1913auxflizot.html

Le Capitaine Max Boucher, image d'archive militaire

Drone : le vol du bourdon !

Le terme « drone » que nous utilisons aujourd’hui largement en France, est un emprunt à l’anglais dont le sens premier est « faux bourdon ». Il est adopté dans les années 1930 par les anglo-saxons : à l’époque l’avion-cible automatisé DH.82 Tiger Moth, baptisé « Queen Bee » (Reine des abeilles), amuse par son vol peu gracieux et son fort ronronnement. Très vite, le nom du Tiger Moth, qui signifie déjà "écaille martre" (une espèce de papillon), est détourné pour se muer en « drone » – faux bourdon.
L’US Navy se chargera de populariser cette appellation en surnommant ses OQ-2 Radioplane : Target Drone, Denny – TDD. Ce sera le premier modèle de drone produit en masse, 15 000 exemplaires dont 9 400 uniquement destinés à la Seconde Guerre mondiale.

Image d'illustration principale : Saga of the OQ-2A Drone, Mars 1971, American Aircraft Modeler, édition numérisée.